Libérer la parole
Les quatre compères de MBS (Redone, Med, Rabah et Yacine) en ont gros sur le coeur. Elevés par l'école fondamentale (système éducatif algérien qui instaure 9 ans d'enseignement obligatoires et une arabisation au galop), ils se retournent contre elle avec une rage salvatrice. Très moqueurs, ils caricaturent le système politique jusqu'à ses derniers retranchements, jusqu'à se vêtir dans le costume verbal des " barbéfélènes ", ces intégristes qui ont sévi pendant un moment dans les rangs de l'ex-parti unique (Front de libération nationale). Ils mordent avec un rare bonheur les traits de leurs " tortionnaires ". Allant jusqu'à parler une vieille langue connue des seuls responsables politiques. Emphatique, creuse, incomprise. Morte.
Se couper l'index
Parce que les jeunes du MBS sont pacifiques, ils ne veulent pas faire la guerre. Et donc ne pas accomplir le service militaire. " Un an de descente, un an de montée, un clash (sic) qui ne sert à rien, je n'irai pas au service militaire, mon père me l'a recommandé. Même s'il faut que je me coupe le doigt qui appuie sur la gâchette, je resterai insoumis ". Boris Vian n'est pas loin. Car la " génération couvre-feu " veut vivre. Elle a soif de vie, et non de mort. Elle se tourne dans tous les sens pour trouver le chemin du bonheur. Sans issue ? Non, le Micro brise le silence ne veut pas laisser le fatalisme et la peur régner. Eviter le silence cotonneux du repli. Agir pour ne pas subir.
L'Algérie du groupe MBS est une Algérie ouverte, humaniste, débarrassée de ses vieux démons violents et rétrogrades. Elle est aussi jeune et rebelle, pleine de vie. Un pays que les fantômes de la haine ont quitté, chassés par la réconciliation. Le verbe acide du MBS cache une tendresse et un amour infinis pour ce pays. Une façon toute algérienne de dire " je t'aime ". C'est l'amour chanté, scandé, par des Algérois en mal de reconnaissance, de justice. Ils ont eu, heureusement pour nous, la formidable idée d'accoucher de leur révolte sur un disque. Car le silence, plus jamais.